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COULAGE de DECHETS RADIOACTIFS
en Méditerranée.

Il faut savoir que les militaires mais aussi l'industrie utilisent depuis plusieurs dizaines d'années, la mer comme poubelle. On n'y a pas seulement jeté des armes chimiques, mais aussi des déchets radioactifs sur des sites sous-marins poubelles dits officiels. Ce que l'on sait moins en revanche, c'est qu'il existe aussi des sites sous-marins clandestins, et là, des navires ont été carrément coulés avec leur cargaison radioactive. J'ai consulté le rapport de l'ANDRA 2000. Epais comme un annuaire, celui-ci ne mentionne pas l'existence des dépôts clandestins de déchets radioactifs en mer Méditerrannée, et pourtant.


Les procureurs antimafia découvrent par hasard une société qui se trouve au milieu d'importants flux financiers. Son objectif prioritaire consistait à dissimuler les destinataires finaux de ces flux financiers, via des off-shores installés dans des paradis fiscaux. C'est une gigantesque opération de blanchiment d'argent qui avait été réalisée via le coulage de déchets radio-actifs dans la mer. Les étapes des procureurs antimafia ont été les suivantes:

1) Identifier tous les responsables légaux des sociétés anonymes situées au PANAMA, en SUISSE, aux USA, aux îles Vierges Britanniques et dans les autres paradis fiscaux.

2) Perquistion et saisie de tous les documents dans tous les sièges clairement identifiés.

3) Traitement de l'information acquise.

4) Identification des flux financiers principaux.

5) Gel des flux financiers dont les destinaitres n'ont pas été identifiés.

Plusieurs paradis fiscaux dont les îles vierges britanniques, des états comme le Panama, ont refusé de répondre aux commissions rogatoires internationales du Procureur antimafia de Palerme. Deux métodes principales ont été utilisées pour dégager des profits importants.

Première Méthode:
Le blanchiment a été réalisé en coulant de vieux navires poubelles bourrés de déchets radioactifs. Signe distinctif, les navires coulaient par temps calme, sans demande d'assistance pour le sauvetage de l'équipage. On sait qu'au moins 40 navires ont été coulés.

Deuxième Méthode:
L'autre solution reposait sur celle du pénétrateur présenté ci-dessous. Les déchets radioactifs devaient être stockés dans des containers ayant la forme de torpilles, qui devaient être propulsées à partir d'une plateforme pour être enterrées sous le fond. Des subventions avaient même été demandées aux instances européennes pour valider ce projet. Finalement tout le monde a fait machine arrière.

Les documents qui suivent sont publiés avec l'aimable autorisation du Procureur antimafia de Palerme, Lorenzo Matassa et Academy & Finance.


 


 


 

FR3 - Avril 1998: Thalassa, 
une émission de Georges Pernoud

Bonsoir,
Au Sud de l'Italie des navires disparaissent dans des conditions étranges. Après les deux ans d'enquête, un procureur italien, et une commission parlementaire, ont suspecté des transports de déchets radioactifs coulés au fond de la Méditerranée, dans le plus grand secret. Un naufrage isolé aurait pu s'expliquer. Mais 39 bateaux volatilisés, ont ne peut songer qu'à une véritable organisation. Voici "Naufrages en eaux troubles", une enquête de de Ramone Ditieres.


Nous sommes au large de l'Italie, au Sud de la Péninsule. Ici des bâteaux auraient disparu sans laisser de trace, sans donner l'alerte, sans appeler les secours. On parle de 39 naufrages volontaires. Pourquoi ? Comment ? Dans quel but ? Une histoire en forme d'énigme que la justice tente d'élucider. Nucio Barilla représente l'association écologiste italienne nebralemte dans le Sud du pays. Il fut l'un des premiers à dénoncer les trafics.

Nous dès le début en 1994, nous avons fait passer aux magistrats de façon confidentielle, une série de plaintes précises et bien circonstanciées portant sur un trafic de déchets radioactifs qui au début concernait un trafic terrestre, entre le Nord de l'Europe et le Sud de l'Italie.

L'enquête commence à terre. Des déchets ferreux industriels fortement irradiés jouent à saute frontière. Ils proviennent des pays de l'Est. Transportés par le rail, ils sont jetés dans des décharges sauvages des montagnes d'Aspromonte, en Calabre. Mais les gardes forestiers ne savent pas encore qu'au hasard des perquisitions, l'affaire va très vite dépasser l'Aspromonte, et toucher toute la Méditerranée. Dans ce village typique, à seulement quelques kilomètres de la côte, tout près des sites incriminés, il sera bien difficile d'obtenir des précisions. Chacun ici cultive les vertus du silence.

-- Ces déchets sont les décharges sauvages. cà relève plutôt du secteur de Regio dont on a déjà parlé. Mais dire qui manipule tout ça, je ne sais pas.
-- Le silence c'est aussi votre façon de répondre?
-- Non, c'est la meilleure chose. La meilleure réponse, c'est le silence. Je n'ai rien a ajouter.

-- On parle de déchets radioactifs rejetés en mer ionienne?
-- Non, rien de tout ça.
-- On n'en parle pas.
-- Non.
-- On ne parle pas de navires coulés.
-- On parle de navires coulés ? Je ne sais pas moi, s'il y a des navires coulés.

C'est à la suite d'une perquisition près de Milan, que l'enquête quitte les décharges de l'Aspromonte pour le grand large, pour les eaux autour de la Calabre. Le procureur de Regio de Calabre Francesco Neri, chargé de l'affaire prend très vite conscience du danger. Pour la première fois, il parle.

Le scénario est terrifiant. Parce que nous sommes devant l'hypothèse de naufrages volontaires, et de l'enfouissement en mer de déchets radioactifs. C'est un acte criminel de notre point de vue, mais il est évident que tout ceci doit être vérifié, et prouvé rigoureusement. C'est ce que nous essayons de faire.

Qui est à l'origine de tels actes. Mafia, services secrets, Loges Maçonniques, trafiquants d'armes, pour le procureur, seul un réseau peut faire disparaître des milliers de tonnes de déchets radioactifs sans laisser de trace. La liste des bateaux est longue. Ainsi, l'Euroriver et l'Anni coulés dans l'Adriatique sont soupçonnés d'avoir transporté des déchets allemands et français. Mais au large de la Sicile l'enquête dénombre plus d'une vingtaine rafiots disparus, sans qu'aucune demande de secours n'interviennent, et la liste ne s'arrête pas là. Pour Endrike Fontana, responsable nationale de l'Egramente, le mouvement écologiste transalpin, cette affaire va bien au delà des frontières italiennes.

Les navires coulés sont au nombre d'une quarantaine. ça concerne toute la Méditerranée. Le problème que nous avons, c'est qu'il ne font l'objet d'aucune enquête et d'un point de vue international, c'est très grave. Aucun organisme comme l'agence internationale de l'énergie ou l'Euratom n'on eu la démarche de chercher à savoir ce qui s'était passé, savoir qui a profité de ces naufrages volontaires ? Il y a sûrement d'autres bateaux dans l'Adriatique, au large de la Yougoslavie sans que personne n'enquête, au large de Chypre, entre la Sicile et la Tunisie. Il y en a beaucoup, mais il n'y a qu'une seule enquête, c'est ici en Italie.

Liste de navires coulés :
Jolly Rosso  - Spino-Coraline-Alessandro I- Marietta- Maria Pian - Apollonia F.- CTE Rono- Rigel - Marco Polo - Irini- Aspar - Scaleni - Sivashi - scareni - Four Star II - CelikTirius II-

Le scénario retenu par les enquêteurs reposent sur l'hypothèse de corruption multiple. Les déchets n'auraient constitué qu'une partie des cargaisons. A charge pour les équipages à bord de s'en débarrasser, soit en les passant par dessus bord, soit en provoquant le naufrage du navire de façon volontaire. Dans les archives du Lloyds à Londres, l'organisme charger d'enregistrer toutes disparitions de navires, les fiches sont incomplètes pour la plupart des bateaux incriminés, mais surtout elles confirment qu'aucune assistance extérieure n'a jamais été demandée. Très vite, le Procureur Neri va tenter d'analyser le cas d'un bâteau dont il connaît les coordonnées relativement précises du lieu du naufrage, la Rigel. Ce bateau disparu le 22 septembre 1987, est selon les magistrats du port de la Spesia, l'auteur d'une fausse déclaration de chargement avec corruption de fonctionnaire.

La Rigel est le premier bateau coulé, et c'est à partir de la Rigel en 1987, que nous avons commencé à comprendre l'histoire de ces rafiots, qui tournaient sans but en mer, et étaient plein de déchets toxiques et radioactifs.

Il est facile de répérer ces navires douteux. Il suffit tout simplement de rechercher les fiches de déclarations qui présentes des anomalies.
- Rechercher les navires poubelles âgés.
- Disparition du navire par météo clémente. Il faut en effet que celle-ci soit assez clémente pour que l'équipage puisse être transbordé dans un autre navire.
 

Andra Dominiani milite pour le respect de l'environnement. Médecin dans le Nord de la Calabre il consacre son temps libre à dénoncer les trafics de déchets en Italie. A ses yeux la Rigel n'a pas coulé, elle s'est sabordée. Le rapport du Lloyds est d'ailleurs bien mystérieux. Capitaine inconnu, condition de mer inconnu, mais surtout aucune demande de secours.
 
 
 
Captain's name and nationality            not reported 

Number of crew                                   18

Weather and sea condition                  not reported

Mayday call receiver:                           none reported

Number of crew who were sauved:

Avant de couler en mer Ionienne, à seulement quelques miles des cotes de l'Aspremonte, la Rigel donne l'impression de ne plus avancer, d'attendre, pourquoi ? Le jour du naufrage pourtant, la météo comme nous avons pu le vérifier, est plutôt clémente au large du cap Spartivetto. Reste une question qui intrigue les enquêteurs, que sont devenus les 18 membres d'équipage.

On soupçonne le crime organisé d'avoir assurer la logistique pour évacuer les équipages qui débarquaient sur les côtes Calabraises, et les protéger pour éviter tout interception par les forces de l'ordre.

Quoi de plus facile que de récupérer un équipage en mer, surtout si l'affaire est financièrement intéressante. Quoi de plus facile dans une région, où la criminalité organisée est structurée sinon mieux qu'en Sicile. La Calabre officiellement se veut une région dénucléarisé. Mais depuis trop longtemps, l'état a du mal à faire appliquer les lois de la République dans cette région. Ici des secteurs comme les travaux publics, le bâtiment, ou le trafic de déchets en tout genre, font les beaux jours du tribunal de Regio, mais surtout permettent aux réseaux mafieux, d'engranger des bénéfices.

Procureur Francesco Nery:
C'est un business diront nous très important, un marché nouveau qui pourrait avoir intéressé au niveau du financement ou du fonctionnement la vendetta, la mafia calabraise. On sait que si on se fait arrêter avec 10 kilos de cocaïne on écope d'une peine de 30 ans ferme. En revanche, être arrêté avec 10 kilos de plutonium ne suppose qu'une simple contravention.

Au parquet de Regio pendant près de deux ans, un homme a travaillé auprès du procureur Neri. Il disposait dans ce même bâtiment de son propre bureau. Capitaine de corvette dans la Marine Italienne, Nathali Grazia, tentait de clarifier l'affaire des bateau coulé volontairement. Aujourd'hui cet homme repose dans le cimetière face au détroit de Messin. Sa disparition complique l'enquête.

Procureur Francesco Neri:
La cause apparemment, c'est une mort imprévue. Mais il faut encore enquêter.

Regio de Calabre, une ville de 200.000 habitants dont Francesco Neri connaît bien les moeurs. Une ville où le nombre de morts violentes peut atteindre les 300 cas par an comme à la fin des années 80. Une ville dont la mafia n'ignore pas que l'Italie à elle seule, compte officiellement plus de 23.000 mètres cube de déchet nucléaire en attente de retraitement. A Rome, les différents gouvernements ont délégué au Commissariat Italien à l'Energie Atomique, CIEA, le soin de gérer le nucléaire et ses déchets. Pour Danièle Matzoli, longtemps consultante auprès de CIEA, l'erreur des autorités est de ne pas douter de leur efficacité.

Ce qui est difficile à comprendre pour quelqu'un de l'extérieur, c'est que le Commissariat Italien à l'Energie Atomique, on n'y croit pas. On ne croit pas que ce soit la mafia. Je te jure, on n'y croit pas. Si tu vas voir le directeur de CIEA et tu lui dis qu'il y a un trafic de déchets radioactifs qui passe par l'Italie, il explose de rire. Et ça si tu vas CIEA, tu dis la même histoire, ils te croiront pas non plus. C'est çà, parce que tout le nucléaire, il y a une espèce de monde, qui est un mode qui croit que leur moyen de contrôle, marche, puisque tout est si contrôlé, tu comprends.

Début 1996, dans une émission de la RAITRE de la télévision italienne sur les déchets nucléaires, l'homme qui joue les invités vedettes sur le plateau, suscite bien des interrogations.

-- J'ai avec moi Monsieur Comerio dont le métier est comment dire,
-- Technicien Naval
-- Dit comme ça bien, c'est bien, mais en réalité vous êtes le propriétaire de la société O.D.M.
-- J'en suis l'un des directeurs techniques.
-- OK! Cette société O.D.M. à donc une activité internationale, si j'ai bien compris. Aidez nous à comprendre votre activité.

Giorgio Comerio, ingénieur de formation, réside à Guernesey dans les îles Anglo-Normandes. Homme d'affaires, il possède de nombreuses sociétés à travers le monde. Collaborateur à un moment de la Nucleco, l'entreprise d'état italienne chargée du retraitement des déchets nucléaires, il a été consultant sur de nombreux projets nationaux et internationaux liés au nucléaire. Actuellement, il est au centre d'une série d'accusations graves de la justice, et mis en cause dans un rapport parlementaire sur les trafics de déchets radioactifs. Présenté le 11 mars 1996 au parlement italien, l'enquête de 75 pages dénonce tous les scandales politico-financiers, lés au trafic de déchets en Italie. L'affaire des "navias perdre", les bateaux coulés volontairement, figure en bonne place. C'est un député socialiste, Massimo Scalia, qui pour aider la justice à faire son travail a multiplié les auditions et les déclarations publiques. Aujourd'hui il accuse nommément.

Député socialiste Massimo Scalia:
Le nom de Comerio est très présent dans le rapport de ma commission, car c'est un personnage très singulier, sans aucun doute. Au début des années 80, il est connu pour être un trafiquant d'armes et fabricant de missiles avec de la technologie très sophistiquée, et qu'il exportait par exemple en Argentine. Vers la fin des années 80, Comerio participe en tant que consultant à un projet, un projet malchanceux, qualifié du pénétrateur.
 
 

Faisabilité de l'évacuation
des déchets de haute activité
sous les fonds sous-marins

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Bilan des recherche
et conclusions

 

Pour essayer de trouver des solutions au stockage des déchets d'origine nucléaire, la communauté européenne avec l'aides des Etats-Unis et du Japon va financer les travaux de recherche pendant plus de 10 ans. L'idée est de remplir de grandes ogives de métal spécial avec des déchets nucléaires, et de les enfouir par simple gravité sous les fonds sous-marins. Budget, près de 100 millions de dollars. Mais malgré le sérieux de toutes ces recherches, la conclusion sera sans appel. Faute de garantie suffisante à long terme, le projet s'arrêtera en 1988.

Député socialiste Massimo Scalia:
Heureusement, ce projet  par chance a été abandonné par les organismes européens. Mais Comerio a vendu son professionnalisme et son dynamisme, et il a réussi à intéresser 50 gouvernements, voire plus, avec l'aide du réseau Internet. Fondamentalement, la démarche est simple. Il se présente aux pays développé comme le spécialiste capable de les débarrasser de leurs déchets radioactifs grâce aux ogives, et aux pays en voie de développement, comme par exemple la Somalie, il demande le droit d'enfouir ses ogives sur leurs côtes.

Georgio Comerio de passage en Italie au printemps 96, nous reçoit dans sa maison de campagne, près de Milan.

Georgio Comerio, ex-directeur d'ODM:
Je n'ai jamais fait le commerce des armes. Je n'ai jamais vendu ni acheté ni fusils, ni revolvers, ni mitraillettes. J'ai collaboré à des projets dans les secteurs de la défense dont la presse a rendu compte il y a une quinzaine d'années. Mais si vous êtes ingénieur naval, si vous concevez un navire de guerre, vous ne faites pas du commerce d'armes pour autant.

La société à travers laquelle Giorgio Comerio propose ses services, est sur Internet depuis 1995 (http://www.tinet.ch/odm01/). Baptisée ODM, le siège social est à Lugano en Suisse, elle prend en charge tous les problèmes de traitement, des déchets nucléaires et de l'amiante. Il suffit de cliquer sur déchet nucléaire, pour qu'apparaisse l'image des célèbres ogives, copie conforme des travaux de recherche abandonnées par l'Euratom. Tout est présenté avec schéma et photos à l'appui.

Georgio Comerio, ex-directeur d'ODM:
Nous avons repris le projet européen, nous l'avons développé technologiquement ces 6 dernières années, et ces 2 dernières années nous avons proposé à plusieurs gouvernements cette possibilité de mettre en sécurité, aussi bien leur matériel radioactif que l'amiante.

Seule une autorisation en bonne et due forme du gouvernement des Bermudes a été présenté à la presse par Giorgio Comerio. Elle ne concerne que l'amainte. En revanche sur Internet, ODM affiche les meilleurs sites pour enfouir les déchets radioactifs. Il sont au nombre de 12. Pour les enquêteurs italiens, le serveur Internet fait parti du dispositif servant à démarcher les clients potentiels. La méthode d'enfouissement ferait ensuite appel à des bateaux et à des équipages douteux, et non pas à des techniques sophistiquées. Dans ces conditions, le site N°7 au large de la Somalie intrigue les enquêteurs.

Dans les auditions d'un autre commission d'enquête on a relevé le fait qu'il y a eu des contacts établi par ODM et par la société de Comerio avec un homme originaire de Somalie, probablement un certain Ali Mali. Une offre a été faite. ODM proposait un million de dollars, pour que les côtes somaliennes au Nord Est du pays soient mises à disposition.

Dans cette voiture sur un parking d'autoroute se trouve Jienkoro Pagaricio. Il est officiellement importateur de peau en provenance des pays de l'Est. Une activité qu'il aurait utilisé pour couvrir un florissant trafic d'armes et servir les intérêts de Giogio Comerio, en Ukraine et en Somalie. Grâce à une caméra cachée nous aurons la confirmation qu'il a négocié le contrat avec la Somalie.

-- Mon interlocuteur m'a dit qu'il pouvait obtenir l'autorisation. Je lui dis d'accord. Combien ça coûte ? Il m'a dit le chiffre, et j'en ai fait part à Don Comerio.
-- Pourquoi vous l'appelez Don Comerio.
-- Don Comerio, euh...
-- Vous l'appelez Don Comerio ou pas ?
-- Non, en ce moment je l'appelle Don Comerio.
-- Il vous arrivait de l'appeler Don Comerio ?
-- Oui des fois, euh, l'homme m'a dit qu'il faudrait 500 millions de dollars. Mais ça je le l'ai même pas dis au magistrat dans ma déposition. Mon interlocuteur m'a dit, on peut même obtenir l'autorisation.
-- De qui, d'Ali Mali ?
-- D'Ali Mali bien sûr.

C'est au large de Bossasso en Somalie que des opérations de rejet en mer de déchets auraient abouti. Dans ce pays longtemps en guerre les accusations contre les chefs de guerre autour de la ville de Bossasso, sont très directes.

Une organisation non gouvernementale de Bossasso, a signalé la présence de 2 bateaux, et la crainte qu'il ne procède à des rejets au large, de déchets toxiques ou radioactifs. Et Bossasso, vous le savez, est le dernier lieu où est passé l'équipe de la télévision italienne, composée de Ilaria Alpi et de Miral Robatine. Ils venaient de réaliser l'interview d'un responsable local, avant qu'ils ne soient assassinés.

Ce double assassinat en mars 1994 au moment où les organisations écologistes dénonçaient l'affaire des navia perdre, n'a toujours pas été élucidée.

Lors de sa conférence sur le blanchiment, le procureur antimafia de Palerme, Lorenzo Matassa, nous informait qu'un officier de la marine italienne qui enquêtait aussi au pull antimafia de Palerme était aussi décédé, mais les circonstances exactes de sa mort n'ont pas encore été définies.

Procureur Francesco Neri:
Ce problème il faut le transposer au niveau planétaire. Car au vue des éléments de l'enquête que nous avons, on découvre qu'il n'y a pas de mer au monde qui ne soit touché par des rejets de ce type. Officiellement ces données sont fournies par l'IEA, l'Agence Internationale de l'Energie et elles sont publiques. Mais le problème, c'est de voir dans ce cas, les quantités et le genre de déchets coulés en mer. Je pense qu'il s'agit très certainement de déchets de réacteurs nucléaires.

Autre piste pour le procureur Neri, celle du service de cancérologie de l'hôpital régional de Regio de Calabre. L'analyse des cas de leucémie fait apparaître des anomalies, dans la répartition géographique.

Docteur de Regio:
Regardez, cette année, la ville de Regio qui a la population la plus importante de la région, a eu un nombre de cas de leucémie inférieur à celui de toute la côte Tyrrhénienne, ou ionienne. C'est une donnée surprenante.
(47 malades en zone la moins habitée - 26 malades - 7 malades en zone la plus habitée)

Les régions rural en rouge compterait donc beaucoup de cas de leucémie malgré une faible population, alors que la ville de Regio et ses environs très peuplées en vert, échapperait sans raison apparente à cette maladie. Ces chiffres traduiraient-ils la présence en mer de déchets radioactifs au large des zones rurales. Des zones loin des centres urbains, où les fonds marins dépassent souvent les 1000 mètres de profondeur. Pour le Procureur National Adjoint dans la lutte antimafia, Alberto Maritati, l'enquête avance normalement, malgré sa complexité.

Procureur National Adjoint dans la lutte antimafia, Alberto Maritati:
C'est une enquête particulièrement complexe et difficile. Retrouver des fûts radioactifs au fond des mers, surtout si les fonds marins ne sont pas très bien localisés, et si nous parlons de profondeur supérieurs à 1000 mètres, c'est quelque chose qui avec la technologie dont dispose l'humanité, les pays développés, est difficile. Nous pourrons en disposer, mais avant de le mette en oeuvre, il est nécessaire de disposer de faits sûrs. Cette certitude nous ne l'avons pas encore.

Faute de certitude, nous allons donc essayer de trouver la trace de ces naufrages à Londres. Ici dans le quartier des assurances, nous allons découvrir qu'il existe 8 dossiers d'indemnisation. Huit naufrages pour lesquels les assureurs ont payé, sans autre enquête particulière. Pourtant il existe dans la capital anglaise un organisme spécialisé dans la traque de l'escroquerie. Le Bureau Maritime Internationale qui dépend directement de la chambre de Commerce Internationale. Erik Elhem son directeur, considéré comme l'un des spécialistes mondiaux en matière de trafic de déchet, témoigne.

Erik Elhem son directeur du Bureau Maritime Internationale:
-- Depuis des années, je reçois de nombreux appels de marins, qui téléphonent et qui affirment que des bateaux ont transporté des déchets nucléaires, et qu'ils ont été coulés en mer. Mais rien n'est suffisamment précis pour retrouver la trace du navire. On m'a raconté chaque fois la situation catastrophique qui se produirait en cas d'ouverture de ces fûts et la pollution des océans qui s'en suivrait. Mais si vous ne savez pas où il se trouve précisément, vous ne pouvez rien faire.
-- Mais pourquoi personne ne vérifie, personne ne paye ou tente de faire quelque chose avec l'aide de la justice pour vérifier.
-- C'est un problème international. Il n'y a pas de police en haute mer, personne n'est responsable si ce n'est le pays du pavillon du bateau. Personne n'enquête sur ces naufrages. Les avocats et les experts ne posent même pas de question sur la nature du chargement, encore moins, sur d'éventuels déchets nucléaires.

Parmi les 8 naufrages indemnisés par Erik Ellen, figure celui de la Rigel.
Four Star I- Commandate Rocio - Marco Polo - Lina - Irini - Anni - Rigel - Euroriver

Erik Elhem son directeur du Bureau Maritime Internationale:
J'ai vérifié la liste des bateaux que vous m'avez donné, et je n'ai trouvé aucune preuve dans les rapports que les faits cités est bien eu lieu. Mais les bateaux ont coulé. Les demandes d'indemnité ont abouti, et personne ne sait précisément de quoi se composait les cargaisons. Jamais on a posé la question au capitaine ou aux équipages de savoir quel genre de marchandise se trouvait à bord. Ces questions n'ont jamais été posées.

Retour en Italie. Le rapport du parlement insiste sur le cas de la Rigel. Ce bateau sabordé selon ses auteurs, est très étroitement associé au nom de Comerio.

C'est quand même étonnant que notre homme dont je parlais note dans son agenda, 21 septembre 1987, la Rigel a coulé. C'est l'un des bateaux coulé volontairement. Qu'est ce que ce bateau a coulé, a-t-il à faire avec son activité commerciale des déchets radioactifs à l'aide d'ogives sous-marines.

Georgio Comerio, ex-directeur d'ODM:
J'habite en Angleterre, je parle bien l'anglais et j'écris souvent en anglais. Ils ont confondu raté le bateau dans le sens de ne pas avoir pris un bateau pour faire un voyage, avec perdre un bateau, dans le sens de couler un bateau, deux mots qui ont des sens bien différents, même en français. Et sur mon agenda effectivement j'ai noté ce jour là, il paraît car je n'ai pas cet agenda saisis depuis, que j'ai perdu le bateau. J'allais probablement prendre un bateau. Mais ceci ne prouve rien, car mon agenda n'est pas le journal ... Je note les choses au hasard sans tenir compte des dates. Cela ne signifie rien.

Député socialiste Massimo Scalia:
Comerio a bien noté ça sur son agenda, et dans la sacoche également saisie d'un de ses collaborateurs, on a trouvé la carte avec l'identification des lieux de naufrages dont nous avons parlé. La carte que nous avons eu à notre disposition signale 39 bateaux coulés.

A ces 39 navires s'ajoutent d'autres cas identifiés, comme la Korabi, un navire albanais. En décembre 1994 dans le port de Palerme, les douanes lors d'une inspection, note une radioactivité élevée à bord. Sommé de s'arrêté à Regio de Calabre pour un contrôle approfondi, la radioactivité à mystérieusement disparu. Autre affaire sur la Rosso. Après qu'elle se soit échoué en décembre 1990, dans le Nord de la Calabre, l'équipage devait abandonner le navire précipitamment. Les autorités devront faire appel à une société hollandaise spécialisée dans le traitement et la récupération des déchets nucléaires pour évacuer le chargement. Ce navire déjà impliqué et condamné dans plusieurs affaires de déchets toxiques, terminera sa carrière sur cette plage.

Procureur Francesco Neri:
Il est primordiale à ce niveau de l'enquête de vérifier sur les fonds marins au moins la radioactivité. Savoir si elle existe et si c'est le cas, dans quelle mesure le danger est quantifiable.

Décembre 1996, face aux menaces et à la complexité de l'enquête, le procureur Neri passe le relais à la commission antimafia. Installé dans cet imposant bâtiment, la commission centralise toutes les affaires impliquant la criminalité organisée.

Tous ceux-ci est possible. Il y a un fort niveau de probabilité. ça peut avoir lieu, ça peut avoir eu lieu, pour les raisons que je vous répète, il n'y a pas de plan, ni de contrôle capable de superviser l'enfouissement des déchets radioactifs ou des matériels nucléaires mis au rebus, ou réutilisables. Et il est clair que devant la nécessité d'enfouir ce matériel, on fera toujours appel, tant qu'il n'existera pas une planification adaptée et respectée, à des systèmes illégaux, à des systèmes criminels. Pour ce faire, il faut des organisations à la hauteur, il ne s'agit pas de faire disparaître 1 ou 2 tonnes de déchets urbains mais de transporter, de stocker, et de faire disparaître des quantités considérables de matériel extrêmement dangereux. Dès le transport, il faut une organisation, une organisation criminelle organisée.

Tous les documents se trouvant dans la maison de campagne de Giorgio Comelio ont été saisis le 23 mai 1995 par le parquet de Regio de Calabre. Mais au delà des accusations à l'encontre d'un homme, il s'agit de savoir s'il existe un cimetière radioactif au fond de la Méditerranée. Les moyens pour le vérifier existe et si leur prix est lourd, il apparaîtra toujours comme dérisoire si l'on considère dans cette affaire, les risques pour la vie.
 
 
Reportage de THALASSA 
FR3 - Avril 1998


Vers le début des années 80, en 1982 ou 1983, un équipage tenta de faire couler son navire pour éviter d'être intercepté par un patrouilleur de la Marine Nationale. Ce qui est curieux, c'est que par la suite on y envoya une unité de plongeurs rattachée aux services spéciaux, pour finir de couler le navire, sans autre forme d'inspection. Encore plus curieux, il a fallu que ces plongeurs de combat mineurs expérimentés s'y reprennent à deux fois pour dynamiter ce navire afin de le couler. C'est à croire qu'il fallait le couler sans endomager la cargaison, car elle aurait pollué la mer. Si la presse s'est passionnée ce coulage, en revanche celle-ci n'a jamais cherché à connaître le contenu de la cargaison.
 



 
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